Journal de danse

    La vision est basée sur le clignement, le glimpse. L'état de conscience qu'elle induit est la parcellisation, la mosaïquation des affects et des pensées. La fragmentation.
    L'audition, quant à elle, est basée sur l'ignorance, le négligement, la relégation au bruit de fond. L'état de conscience induit est la résumation  à la cadence, aux airs à la mode, à la pensée stéréotypée, à force de rejet des informations dans le fourbi, le carphanaum, la démission par trop-plein de non-discriminé.
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Dessin pour A.
Festival SOS : une grande expérience de dévissage dans les tréfonds et de renaissance. Trop de masques (100), trop de danse(50h). Je descend jusq'au niveau où s'originent mes dessins. Zone psychotique, à la lisière entre ombre et obscurité, blanc et noir, paysage et personnage, mouvment et immobilité, dans l'entre-deux où restent coincés les fous. Là je remonte comme un bouchon de lièvre et je redescend sans crainte pour y puiser le dessin, et je remonte encore. Je suis le puisatier. Entre mes entrailles. Comment ai-je acquis ce talent ? J'ai reçu tant de force de cette communauté de danseurs contact d'Helsinki ! pour moi ce n'est pas une famille, mais un groupe de travail qui permet aux plus aventureux de ses artistes d'aller aux extrèmes de la solitude.

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Dessin pour C.

 Je fais du co-teaching avec U. Il était à Family Jam avec sa mère il y a douze ans. J'enseigne avec lui. Expérience extraordinaire. Transmission. Au jam. Je danse avec le fils de J. et J. La dernière fois que je l'ai vu, c'était il y a plus de quinze ans. Il avait six ans ! Le temps passe, je danse. C'est fou comme il a le visage de son père et le corps de sa mère. Je suis très troublé Après cette danse, une autre danse avec un homme très spécial. Je danse si profondément avec lui que je me mets à faire des mouvements de Capoera. Je n'ai jamais fait de Capoera ! Mais auparavant je sens autour de lui des fantômes. Danse des fantômes ! Un autre thème pour le travail futur. Thème habituel dans les cultures qui ont une approche bien plus concrète que nous de la danse. En avant pour la danse des fantômes. Tellement d'êtres chers de ma vie sont déjà "morts", partis. disparus, envolés, inscrits dans le réel...
Sos gestival_________________________________
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Qu'est-ce que la danse contact improvisation restaure, qu'elle sorte de pratique elle propose,
qu'est-ce qu'elle élabore.
Passé, présent et futur sont en jeux
dans une bonne technique (politique).

_________________________________________________________  dessiné durant le festival SOS à Fiskars février/mars 2008

L'improvisation est une technique qui permet de concevoir le momentum/continuum.
Continuum : l'union des extrêmes.
Momentum : la liberté, la possibilité d'exister, de se tromper, de changer.
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Je danse. Soudain panique ! Je n'ai pas de genou droit ! la sensation du genou gauche a tout absorbé Le côté droit de mon corps ne me soutient pas, il agit, il décide, mais ne me porte pas.
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Comment ne pas enseigner didactiquement la danse?
Échapper à l'autorité basée sur le verbe. La relation verbale du professeur à l'élève est souvent une série de recettes pour réussir. Et en filigrane la sentence" il faut être stupide pour ne pas réussir". L'élève n'a pas le même corps, la même expérience, le même vécu et la même histoire personnelle et familiale que le professeur.  Comment ne pas ramener sa banane et  sa fraise? Typique: "vous êtes échauffés maintenant ? " demande le professeur didactique. Puis il se lance dans un laïus sur l'importance de l'échauffement pour un danseur. Le pensum dure le temps qu'il faut pour que l'élève se refroidisse. Deux indications contradictoires, rester chaud et écouter le professeur. L'élève est entravé, neutralisé. Le corps sur-expliqué s'enmécanise. Il devient binaire, un instrument avec un mode d'emploi. L'élève qui fait de la danse pour ëtre dans un territoire libre de verbe tombe de haut. Son désir de danse retombe comme un soufflé. Le groupe d'élèves est mis au service du narcissisme du professeur didactique. Il est empêché d'accéder à sa position de pouvoir, à sa capacité de destruction donc de création. Le groupe soigne l'ego du professeur didactique.
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 Tellement fort ce sentiment de mouvement quand je décide d'arrêter de danser et de rentrer à la maison ! S'habiller, l'escalier, dehors, marcher, le métro, les gens, le tunnel, le tram, la rue à traverser , la cour et la maison. Tout ça avec le flux et le reflux de la danse contact qui s'amenuise peu à peu. Conversion au quotidien. L'état de danse est persistant. Le réel peut danser aussi.
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    M. me dit : you terrorize the people. Je voudrais lui offrir "A good terrorist " de Doris Lessing. J'accepte la critique. Suis-je plus ou moins terroriste quand j'approche mes fondements ou dans des variations maniaques, dépressives ou à cause des fluctuations de l'énergie communautaire?
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    U. me prend en-dessous de ma ligne de flottaison. De défense. Et J. récolte toute la terreur, il touche ma ligne de flottaison. De défense. De terreur.
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    Avec O. danse au-delà de mes repères, de ma capacité d'analyser, de comprendre,. J'essaye pourtant. Mon corps au contact du sien devient sexué. Identité sexuelle. Une approche fine, profonde du corps. Le sens du toucher exacerbé. Une ouverture aux profondeurs du corps. Une force respectueuse: guider, être guidé. Une conversation, une traduction jusqu'à la danse. Résultat : je perds la tête, j'ai un ...orgasme, ou un ... extase, une petite bulle qui se fraye le chemin à travers le bulbe rachidien, très courts laps-gap. Une décharge. Un glaspe, un glaaspe !
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    Thème d'improvisation habituel en ce début d'hiver : improviser à parir du sentiment d'amitié, d'empathie que j'ai réellement vis à vis de la majorité des gens présents au jam. À relier avec le thème d'improvisation de cette décennie : lier le quotidien et l'artistique. Ce qui s'opère dans l'un des deux champs est instantannément prolongé, traduit, continué (continuum) dans l'autre champs. Ainsi la marche peut être danse et la danse peut être marche. Le mouvement peut être ambigu, soit danse, soit fonctionnement. et même les deux. Le sourire d'un camarade est occasion à danser ou à papoter. Ainsi la communauté se vit sans donner préséance ni à l'artistique, ni à l'humain.

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    Sous ma main un corps de femme si sensuel, si sensible. J'essaye de rester en deça  de cette sensation. Ne pas éduquer, donner une sensation négative. Tout le négatif que j'ai avec une femme qui s'offre, toute ma perversité, j'essaye de rester en deça. Une femelle, une être humaine, une fille, ma fille, ma sœur. Devenir un vieux beau, mais beau intérieurement.
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    Je danse avec le mouvement. Troublé je suis depuis 4 jours, depuis que se sont dissociés en moi le mouvement et  l'objet. Le jonglage a du bon. J'essaye d'exercer mon regard. Je dessine après une danse très douce avec la fille qui m'émeut parce qu'elle ressemble beaucoup à Christine, la trapéziste. Je dessine des lignes indispensables, le minimum pour exprimer un contact. Ensuite, je vois les premiers contact-duo en premier plan et en transparence les duos de l'arrière-plan.
    J'arrête de dessiner et je regarde simplement la danse pendant une vingtaine de minutes, en sentant les rapports sociaux come une danse, les différents types de corps, la qualité de mouvement du danseur, l'attention que le duo laisse aux autres couples, le classicisme ou l'iconoclasmisme des danseurs, la structure dans l'espace. J'imagine que je regarde du plafond, ou d'en-dessous, de la cave, ou de traverse.balance
    Puis je retourne danser. Seul. J'essaye de garder toutes les attentions de l'intérieur dans mon solo. Ma danse est aussi une citation , une célébration de mes premiers jams à Helsinki. Le solo se développe tranquillement. Il a le soutien des autres et beaucoup d'espace. J'essaye de comprendre  le processus qui intégre peu à peu l'espace, le mouvement, la qualité du mouvement et la gestuelle.
    An. arrive dans mon solo. Nous avons d'abord une danse du mur, puis nous prenons l'espace.
J'ai appris que la vitesse peut nous emmener à la limite où mon coeur se fatigue. Alors je temporise en approfondissant ma respiration. D'autres fois je vais très vite. Je sens de l'amour entre nous qui m'ouvre comme une huître schizophrène et libère sa perle, ma danse. J'utilise les lignes de contact jusqu'au bout du bout des doigts. Très belle danse! Merci An.

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