"Amour en V" ©Pierre Séraphin


            Je suis seul. Je sens l’empreinte du bec du marabout dans mon corps. Il a creusé un vaste trou, dont la pointe extrême a percé la poche de vaine vie, atteignant ma vacuité. Cette zone vide qui entoure mon moi profond est un espace de protection, mais aussi la terra incognita de la psychose. Cet endroit de soi, où sans doute se forme peu à peu l’air du dernier souffle, je ne veux pas le connaître, je peux y tremper parfois mon moi, mais je ne peux en importer aucun savoir. Ce bec que V. a enfoncé en moi pose une question difficile, comme toutes les questions que V. m’a posées. Peut-être la question ultime, à laquelle je ne pourrais pas répondre, n’ayant jamais eu l’expérience de la folie, de la psychose, dans ma vie passée. Me voici au carrefour des renoncements, où je ne vois aucun signe de la direction amour pur.